La fine mouche
La fine mouche, conté par Jean Perrot, illustration Sébastien Mourreau – Seuil Jeunesse
Il s’agit, ici, d’un conte populaire russe qui met à l’honneur l’intelligence des jeunes filles ;
Le choix de la publication dans la série « Petits contes du tapis » est particulièrement judicieux. En voici un extrait :
1. Jadis, dans le royaume d'un tsar, étaient deux frères : Ignat et Kousma. Le premier était riche Le second vivait plus chiche et n'avait qu'une vieille jument pour toute fortune. Mais Kousma ne s'en souciait pas, car il avait une fille rusée ! Et voilà qu'un jour la nourriture manque. Il faut en ville aller mais, sans charrette, comment cheminer ? «Frérot, prête-moi ta charrette, s'il te plaît. Je dois me rendre au marché, farine et sel acheter.
- Allons-y ensemble, la charrette est la mienne, le cheval est le tien.»
2. La route pour la ville est longue, la charrette heurte une pierre et perd une roue. Les frères ne vont pas jusqu'au bout et dans un pré s'arrêtent. Le lendemain matin, Kousma se réveille et voit le poulain né de la nuit sous la charrette. Il se réjouit et appelle son frère : «Ignat ! Quelle joie ! Ma jument a mis bas !» Ignat ouvre les yeux, regarde le poulain et dit : «Oh, mais c'est vrai ! Ma charrette a enfanté une belle bête !
- As-tu perdu la tête ? s'exclame Kousma. Les poulains naissent des juments, pas des charrettes.
- Et où se trouve le poulain ? demande Ignat.
- Sous la charrette...
- Et à qui appartient la charrette ?
- À toi...
- Donc le poulain est à moi.
- Hé là, doucement ! On va régler ça en justice», proteste Kousma.
3. La roue réparée, ils se rendent en ville, droit au tribunal. Le riche et intrigant Ignat soudoie le juge pour avoir gain de cause. Le juge accepte l'argent et déclare que, oui, le poulain est bien né de la charrette. Kousma s'écrie avec fureur : «Comment peut-il en être ainsi, bonnes gens ! Depuis quand ce sont les charrettes qui font des poulains ?» L'affaire fait un tel bruit que le tsar lui-même décide de s'en occuper : «Vous voulez savoir à qui appartient le poulain ? Eh bien, nous allons en décider sur-le-champ. Celui qui résoudra mes énigmes aura le poulain pour lui.» On ne conteste pas la parole du tsar, et les deux frères doivent s'y plier. «Voici la première énigme, annonce le tsar en plissant finement les yeux. Qui est le plus rapide au monde ? Pour la seconde, il faudra me dire ce qui est le plus moelleux, et enfin pour la dernière, ce qui est le plus gras au monde. Je vous laisse réfléchir jusqu'à demain matin.» Chacun rentre chez soi.
(…)
Les belles images de Sébastien Mourreau sont à la fois spectaculaires, pleines d’humour et laissent le regard explorer la page avec un plaisir certain. Les couleurs chaudes dominantes rappellent la Russie traditionnelle tandis que l’irruption, en fin de volume d’une jeune fille en vêtement contemporain juchée sur un balai telle une Baba Yaga déjouant bêtise et mensonge joue de l’effet de surprise de manière savoureuse.
Le texte, écrit par Jean Perrot conserve un classicisme tout à fait agréable. L’histoire en garde tout son attrait et conserve, ainsi, une certaine élégance.
Et la conjonction du texte et de l’image joue pleinement sa jolie partition.
A recommander dès 5 ans



